Une ambition pour la Région : la Campagne des Quatre Qualités.
La Région Nord Pas de Calais poursuit la lente dégradation de sa situation : enquêtes après enquêtes, quelques soient les indicateurs économiques, sociaux ou sociétaux, nos positions se détériorent : emplois, productions industrielle, santé, formation, solde migratoire… l’INSEE et les autres observatoires statistiques indiquent tous la même tendance : Notre Région et sa population vont de plus en plus mal, tandis que d’autres se défendent mieux.
Certes, il y a le poids du passé et de la conversion du triptyque « charbon- sidérurgie- textile », et bien sur, il y a l’impact de la crise mondiale.
Mais l’extraction de la dernière gaillette de charbon date du percement du premier tunnel sous la Manche, en décembre 1990, et à l’image régionale « terrils-corons- courées- Enfer du Nord » a succédé la réalité du Tunnel et du TGV Nord européen, le développement des capacités commerciales comme de l’agro alimentaire, la centrale nucléaire la plus puissante d’Europe, l’arrivée de l’industrie automobile… : on ne peut plus, en permanence, agir et gérer la Région en fonction du seul rude passé industriel du Nord Pas de Calais.
Il faut afficher une ambition forte, une volonté puissante et fédératrice des énergies régionales, loin des clientélismes traditionnels qui nous tirent vers le bas.
A cet égard, la gestion socialiste des principales collectivités territoriales dans la région est édifiante : à Lille, les 3 « donjons » de la Région, du Département et de la Communauté sont distants de 500m les uns des autres, mais s’ignorent royalement ! Chacun a bâti, à grands frais, une salle des séances, qui reste vide la plupart du temps. Mais pas question de faire « hémicycle commun ». Et tout va à l’avenant : Espace Naturel Régional, Espace Naturel Départemental, Espace Naturel Métropolitain, autant d’équipes permanentes qui se doublonnent, avec Directeur Général, chargés de mission, secrétariats, photocopieuses, sites internet, campagne de communication… aux frais du contribuable.
A croire qu’il s’agit d’un vrai mode de gestion pour le socialisme régional : la communauté urbaine recèle le stade de foot de Pierre et celui d’Arthur, chacun de ces hauts personnages se détestant cordialement l’un l’autre à l’époque, moyennant quoi, on construit le stade de Martine, sans trop savoir ce qu’on fera des 2 précédents (la « déconstruction » de Grimonprez Jooris vient d’être annulée !). Et comme le Directeur du Palais des Congrès et de la Musique de Lille ne s’entendait pas avec notre Chef d’Orchestre Régional, Lille a construit un nouveau Palais des Congrès et vendu « Le Nouveau Siècle » à la Région, les 2 équipements, à moins de 5km l’un de l’autre, étant, cela va de soit, en sous activité couteuse…On peut multiplier les faits exemplaires de cet ordre, en matière de culture, de tourisme, de logement…
Donc il faut changer de gouvernance, il faut l’alternance politique pour mettre fin aux us et coutumes du socialisme à la locale, fait de copinage et de dépenses somptuaires, générant une fiscalité exponentielle.
Préparons nous pour gagner, car on ne se présente pas à une élection pour faire de la figuration, et proposons un projet fort à nos concitoyens régionaux, en ayant en tête de réussir la réforme des collectivités territoriales et sa mise en place dès 2014.
A la chinoise, lançons la campagne des Quatre Qualités !
- Qualité des hommes,
- Qualité des infrastructures,
- Qualité du cadre de vie,
- Qualité des activités économiques.
Qualité des hommes.
« Il n’est de richesse que d’hommes », observait Jean Bodin, au XVIème Siècle. C’est toujours vrai, mais cela se joue moins en nombre qu’en qualité : que la Région Nord Pas de Calais rassemble une population jeune et nombreuse est un atout, à condition que cette population soit formée, d’abord, et qu’ensuite le solde migratoire régional ne trahisse pas une sorte de fuite des cerveaux.
Formation initiale, formation continue, Université et Grandes Ecoles, voilà les 3 dimensions de l’action de la Région pour valoriser sa population, en rassemblant ses forces et ses atouts, plutôt que d’entretenir des querelles passéistes : en ces domaines comme dans d’autres, la concurrence entre les différents acteurs stimule, le conflit paralyse !
Encore faut-il que l’on soit capable de rassembler les forces existantes pour atteindre les tailles critiques nécessaires : la dispersion des universités régionales lors de l’opération nationale « campus » nous a déclassés et coûtés cher !
Il faut unir les forces régionales de formation initiale et continue, comme de formation supérieure, avec le souci de l’efficacité vis-à-vis des personnes à former, et des débouchés en termes d’emplois des formations offertes.
Un Conseil Régional de la Formation devrait permettre de rassembler l’ensemble des parties prenantes, publiques et privées, pour aider la Région à définir et mettre en œuvre une politique cohérente en la matière.
Qualité des infrastructures.
En 1975, lors de la présentation des premiers documents budgétaires de ce qui n’était encore que l’Etablissement Public Régional, l’itinéraire routier d’intérêt régional n°1 était la RN42, Boulogne Lille, à moderniser à 2x2 voies. 35 ans après, l’aménagement de cet axe structurant pour l’espace régional n’est toujours pas achevé, la faute aux financements croisés « Etat Région Département », et à l’absence de volonté réelle de réunir la Métropole et la Cote d’Opale par un lien fort. Absurde, quand on sait le poids économique et social des activités touristiques et portuaires !
Il faut donc remettre à niveau notre réseau d’infrastructures, qu’elles soient routières ou ferroviaires, pour faire sauter les bouchons qui asphyxient nos agglomérations à commencer par la Métropole Régionale, séparer les flux de desserte des flux de transit en réalisant les déviations d’agglomération ne serait-ce que pour des raisons de sécurité notamment routière.
Pour ce faire, le régime de la concession, qui met en œuvre, par le péage, le principe « utilisateur payeur » voir « pollueur payeur » s’avère le plus pertinent : il suffit d’aller de Calais à Cambrai et de Dunkerque à Maubeuge pour constater, à l’usage, la différence de qualité entre une infrastructure concédée (A26) et non concédée (A25) : l’Etat est autrement plus exigeant avec le concessionnaire qu’il n’est avec lui-même, surtout quand il est impécunieux.
Mettre en concession un certain nombre de grandes infrastructures assurant le maillage essentiel du territoire régional permettrait de trouver des ressources pour en assurer la modernisation, tout en sécurisant dans la région des sommes prélevées dans la région.
Après tout, c’est comme cela que sera réalisé le canal Seine Nord Europe, quand il verra le jour, par Partenariat Public Privé et amortissement par les péages perçus.
Qualité du cadre de vie
La Région Nord Pas de Calais est une région urbaine, marquée par la révolution industrielle, dont le cadre naturel est sans doute mal apprécié notamment des non régionaux, mais qui dispose d’indéniables atouts naturels et touristiques.
Une politique du cadre de vie doit jouer sur ces 3 dimensions : les villes, le traitement des scories laissées par la révolution industrielle en se retirant, la mise en valeur des atouts naturels et touristiques.
Nos villes, en premier lieu, et d’abord l’atout formidable que constitue la Métropole « Grand Lille », atout à jouer à plein par la Région, ne serait-ce que pour éviter que le Grand Paris n’en aspire les principales fonctions. Il faut retrouver les ambitions des Métropoles d’Equilibre et faire d’une entité urbaine de 1,5 million d’habitants le cœur battant d’une Région en plein renouveau !
Le pire serait de jouer petit bras, de poursuivre nos querelles de clocher, chacun faisant cuire sa petite soupe sur son petit feu dans son petit coin, tandis que passent la mondialisation ou la construction européenne. Il faudra tirer le maximum de la réforme des collectivités locales pour donner au Grand Lille le maximum de responsabilités stratégiques et une gouvernance claire, dans le respect du principe de subsidiarité, qui donne aux communes la gestion de la vie quotidienne et le service de proximité.
La Métropole, donc, et le maillage des villes moyennes, dont il faut mettre en valeur le patrimoine historique et la vie culturelle pour en restaurer l’attractivité.
Et éradiquer les scories du passé industriel, que se soit par les friches à nettoyer (il vaut mieux un espace vert proprement entretenu, qu’une ruine qui ressasse inlassablement un monde qui n’est plus) ou les logements à remettre à niveau là où c’est possible (certaines citées minières réhabilitées permettent des cadres de vie agréables) ou à reconstruire, là où c’est nécessaire, en Haute Qualité Environnementale, cela va de soit.
A cet égard, l’Ancien Bassin Minier concentrant nombres des problèmes nés de son passé industriel demande un traitement tout particulier et une gouvernance spécifique type « Mission d’Aménagement ». La Région Nord Pas de Calais ne s’en sortira pas si le Bassin Minier ne s’en sort pas, et le Grand Lille ne peut réussir son pari européen et son effet d’entrainement régional si le Bassin Minier poursuit, à 40 km au sud, son lent effondrement !
Enfin, troisième volet, les espaces ruraux et naturels de la Région, dont bien sur le littoral, pour y développer des activités spécifiques notamment touristiques : il n’y a aucune raison que Le Touquet ne soit plus Paris Plage ! Il faut se donner comme objectif que celles et ceux qui transitent à travers notre Région, du nord au sud comme d’ouest en est, y passent une nuit de plus sous n’importe quel prétexte, parce que nous les aurons séduits et attirés, en passant de l’image du « Pays Noir » à la réalité d’une région en pleine révolution verte !
Qualité des activités économiques.
Elle résulte de notre capacités à former et retenir les hommes de qualités répondant aux activités de l’avenir (informatiques, nano technologies, biotechnologies, énergies, environnement…) dans un cadre de vie de qualité, offrant les outils de travail nécessaires, notamment en Recherche Développement, par un ensemencement croisé entre entreprises et enseignements supérieurs.
La localisation de ces activités met les territoires européens et mondiaux en concurrence. Le nier serait un contresens dramatique ! A cet égard, la réussite du Grand Lille reconnu en Europe, voir dans le monde, sera un atout pour l’ensemble des zones de la région, pour peu qu’elles se donnent pour stratégie de se brancher sur le cœur régional plutôt que de tenter un illusoire destin autonome : à quelles conditions les vallées de la Sambre ou de l’Escaut pourraient elles devenir, seules, une « Silicon Valley » ?
Plan d’action :
Les élections régionales doivent être l’occasion de proposer aux femmes et aux hommes du Nord Pas de Calais une ambition forte autour d’un projet simple et clair : la Campagne des Quatre Qualités, qui articule
- Une Métropole forte, le Grand Lille, transfrontalière et moteur de la réussite collective régionale,
- Un ancien Bassin Minier objet d’une action globale, tournant la page de Germinal pour offrir un nouveau cadre de vie urbaine,
- Un maillage de villes moyennes s’appuyant sur leur patrimoine et leur vie culturelle et sociale de proximité pour développer leur vitalité propre,
- Des espaces naturels et ruraux apportant des activités agricoles renouvelées (jouer la carte du « bio », par la maitrise et la réduction des impacts sur l’environnement…) ouverts à l’accueil des visiteurs, des touristes et des consommateurs.
Bien sur, tout cela doit être chiffré et programmé, pour se traduire en stratégie de gestion.
Bien sur, cela s’exprimera par la recherche d’une meilleure efficacité collective, en articulant et en rationalisant les moyens des collectivités territoriales : on peut rêver à une « Nuit du 4 Août » régionale au cours de laquelle les 2 départements fusionneraient avec la Région, le Grand Lille se voyant transférer l’essentiel des compétences départementales voir régionales sur son territoire redéfini, nos communes assurant l’indispensable quotidien de proximité…
Pour cela, il faut la volonté des hommes et une vision de l’avenir partagée : que les habitants de cette région imposent à leurs élus cette grande ambition !
En tout cas, et quelque soit le résultat au soir du 2ième tour, prenons l’engagement que travaillent régulièrement ensemble les élus « Majorité Présidentielle » de la Région, des 2 Départements et des principales intercommunalités du Nord Pas de Calais, car si la concurrence stimule, le conflit paralyse !
La réussite d’une Exposition Universelle dans la Région Grand Lilloise sera la meilleure traduction de la Campagne des Quatre Qualités !
Francis Babé 12 février 2010